L’exclusion par la pollution électromagnétique
De flagrants conflits d’intérêt dans la fixation des normes de rayonnement des nouvelles technologies.
Rapport parlementaire européen (Groupe des Verts) :

Deux parlementaires Verts européens – la française Michèle Rivasi et l’allemand Klaus Buchner – ont publié en juin 2020 un rapport d’enquête sur l’organisme censé encadrer les normes de rayonnements électromagnétiques. Si ce rapport démontre l’existence de flagrants conflits d’intérêt au sein de cet organisme, les responsables politiques belges ont cependant décidé d’enfouir ce texte fondamental dans un tiroir… Édifiant.
Titre du rapport : « La Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) : Conflits d'intérêts, 5G et Capture réglementaire »
En matière de normes de rayonnements électromagnétiques de hautes fréquences – les micro-ondes -, nécessaires au fonctionnement des technologies sans fil, tout est aujourd’hui fixé et encadré par un organisme : la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants, connue par son acronyme anglais, l’ICNIRP. Devant les polémiques, nombreuses, sur les effets sanitaires néfastes de ces rayonnements, deux parlementaires européens du groupe des Verts ont décidé d’enquêter sur cet organisme.
Dans un rapport très complet, ils rendent compte de l’origine de cette Commission, comment elle a été créée, par qui et dans quel contexte. Le rapport présente également le résultat d’enquêtes d’investigations journalistiques menées dans différents États européens. Comme exposé dans le rapport, deux tiers des membres de cette Commission ont eu, ou entretiennent encore, des liens avec l’industrie. Certains membres font partie simultanément de plusieurs instances internationales censées observer et encadrer le déploiement des nouvelles technologies. Au coeur de ce rapport se trouve par exemple un personnage nommé Michaël Repacholi. Financé pour certaines recherches par l’industrie des télécoms, ce monsieur est à la base de la création, et de l’ICNIRP, et du « Projet international Champs électromagnétiques (CEM) » de l’OMS !
Dans un article cité dans le rapport, un professeur nommé Hardell nous apprend que « Michaël Repacholi a immédiatement mis en place une collaboration étroite entre l’OMS et l’ICNIRP (étant à la tête des deux organisations) en invitant les industries électriques, de télécommunications et militaires à des réunions. Il a également fait en sorte qu’une grande partie du projet CEM de l’OMS soit financée par les organisations de lobbying de l’industrie des télécommunications : la GSM Association et le Mobile Manufacturers Forum, maintenant appelée Mobile & Wireless Forum (MWF) ». Comme nous l’indique le professeur Hardell, Repacholi a clairement agi comme « un représentant de l’industrie des télécommunications alors qu’il était responsable du département des effets des CEM sur la santé à l’OMS ». En outre, au moins quatre membres de l’ICNIRP étaient ou sont également membres du département CEM-OMS.
Quelqu’un parmi nos responsables politiques trouve-t-il cela normal et acceptable ? Comment se fait-il que ce rapport soit resté, depuis quatre ans, totalement confidentiel ?
Dans un monde où la santé primerait sur le comemrce, ce rapport devrait plutôt être distribué à tous les responsables de la santé publique en Belgique. L’alerte lancée depuis des décennies par les personnes électrosensibles trouve ici des éléments fondamentaux de réponse et de légitimation. La lecture de ce rapport ne peut que nous faire avancer vers la connaissance des problèmes sanitaires liés à ces micro-ondes, et sur les rapports de forces maintenant le statu-quo en matière de normes… (1) C’est en effet sur base des consignes de cet organisme que l’industrie continue de nous imposser toujours plus d’engins technologiques et de sources de rayonnements.
Extrait de l’avant propos des parlementaires auteurs du rapport :
« Apres avoir lu les rapports du collectif de journalistes Investigate Europe, les nombreux articles de Microwave News ainsi que toutes les publications de scientifiques indépendants du monde entier, qui ont tous tiré la sonnette d’alarme sur les effets néfastes pour la santé de l’utilisation des téléphones portables et des Champs Electromagnétiques pendant des années, nous avons décidé d’enquêter sur cette ONG scientifique basée en Allemagne et appelée « Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants » (ICNIRP). Une ONG aussi étrange et méconnue du public que puissante.
Les conclusions de ce rapport (« La Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants : Conflits d’intérêts, 5G et Capture réglementaire ») nous donnent une sensation inconfortable de déja-vu : de nombreux faits et processus qui mènent à la situation actuelle où les autorités européennes – de la Commission européenne à la plupart des États membres – ferment simplement les yeux sur des faits scientifiques réels et des alertes précoces. Nous avons vu exactement le même scénario dans le débat sur le tabac, l’amiante, le changement climatique et les pesticides.
Dans ses dernières lignes directrices publiées en mars 2020, l’ICNIRP assure au monde entier qu’il n’existe, dans les limites qu’elle propose, aucune preuve scientifique des effets néfastes sur la santé des rayonnements qui accompagnent les nouvelles technologies de communication. Mais dans le même temps, un nombre croissant de scientifiques et de citoyens s’inquiètent de ce que les CEM causent des problèmes de santé. L’ICNIRP prétend être scientifiquement neutre, et libre de tout intérêt particulier de l’industrie des télécommunications. Cette étude montre qu’il s’agit d’une façon de déformer la vérité ou tout simplement d’un mensonge. »
- Par Gérald Hanotiaux (CSCE)
(1) Au sujet des normes en vigueur en Belgique, lire « Normes « sévères » en Belgique : la fake news du siècle ! ».